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"Un singulier type d'homme que cet oncle Elstir, frère de Mme Palancy! Ni bon ni méchant, marié de bonne heure à un grand gendarme de femme avare et maigre qui lui faisait peur, ce vieil enfant n'avait qu'une passion au monde la passion du coloriage. Depuis quelque quarante ans, il vivait entouré de godets, de pinceaux, de couleurs, et passait son temps à colorier des images de journaux illustrés. La maison était pleine de vieilles Illustrations! de vieux Charivaris de vieux Magasins pittoresques de cartes géographiques! tout cela fortement enluminé. Même dans ses jours de disette, quand la tante lui refusait de l'argent pour acheter des journaux à images, il arrivait à mon oncle de colorier des livres. Ceci est historique:j'ai tenu dans mes mains, une grammaire espagnole que mon oncle avait mis en couleurs d'un bout à l'autre, les adjectifs en bleu, les substantifs en rose, etc.
C'est entre ce vieux maniaque et sa féroce moitié que Mme Palancy était obligée de vivre depuis six mois. La malheureuse femme passait toutes ses journées dans la chambre de son frère, assise à côté de lui et s'ingéniait à être utile. Elle essuyait les pinceaux, mettait de l'eau dans les godets... Le plus triste, c'est que, depuis notre ruine, l'oncle Elstir avait un profond mépris pour M. Palancy, et que du matin au soir, la pauvre mère était condamnée à entendre dire: "Palancy n'est pas sérieux! Palancy n'est pas sérieux! " Ah! le vieil imbécile! il fallait voir de quel air sentencieux et convaincu il disait cela en coloriant sa grammaire espagnole! Depuis, j'en ai souvent rencontré dans la vie, de ces hommes soi-disant très graves, qui passaient leur temps à colorier des grammaires espagnoles et trouvaient que les autres n'étaient pas sérieux."
Considération d’Oriane (pointe sèche) : qu’ajouter à ce portrait ? Ceci peut-être, Elstir n’a pas toujours été ainsi, cette « décrépitude » n’a commencé pour l’essentiel qu’après les incidents rapportés (même s’ils sont largement déformés par Marc Hodges) dans La disparition du Général Proust. Qu’y faire, la vie est ainsi, une lente entreprise de démolition.
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